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 L'initiation

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Liubei
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Messages : 4033
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MessageSujet: L'initiation   L'initiation Icon_minitimeVen 7 Mar - 2:45

L’initiation

Il est 23h00, je dois quitter le dortoir sinon je serai en retard.
Boris m’a donné très discrètement ce midi, dans le tumulte de la file d’attente de la cantine, une petite roue dentée à six branches.
Personne ne s’est aperçu de rien. Je suis satisfait de mon improvisation pour récupérer la roue. C’est arrivé comme ça.
Il m’a chuchoté avant de bifurquer vers sa table que je devais être à minuit, derrière la stèle de la route de Wood.
Et ce fut tout.

Difficile de manger sereinement.
Mes amis m’ont trouvé distant ou plutôt absent. Tout absorbé sur l’importance de ce rendez-vous nocturne je ne m’intéressais à rien d’autre.

Boris ! Boris en personne, le magister actuel et supposé du très ancien ordre étudiant « La roue & la Voie » !
Boris lui-même qui place dans la paume de ma main, la roue, symbole fort !


J’ai donc été choisi et mon initiation va débuter ce soir, à minuit.
J’ai en tête le blason de l’Ordre, un grand engrenage à six branches que scinde en deux un rail de chemin de fer.

La route de Wood : c’est facile comme énigme ! C’est une petite voie d’à peine quelques kilomètres, non loin de Pont Tonnerre.
Je pense avoir un souvenir assez correct de l’emplacement de la stèle qui se trouve sur le bord de la route.

Il me reste une heure pour quitter le dortoir sans me faire remarquer, sortir du collège et trouver le point de rendez-vous.

C’est une nuit froide de novembre au brouillard poisseux. Agiter une main dans l’atmosphère, la rend collante d'humidité glacée.
Je commence à renifler mais réussir cette initiation vaut bien le prix d’une grippe carabinée.

La stèle est en vue : d’un côté la route de Fanley et derrière, celle de Wood.
Un lieu perdu dans les terres du Yorkshire.

Des effluves d'humus s'exhalent de la terre. Un petit ruisseau fait entendre un léger bruissement d’herbes froissées et d’eau gargouillante.
Au loin une chouette ou un hibou émet quelques faibles hululements, comme si la bestiole craignait de se faire un peu trop remarquer dans ce secteur.
Un bord de route lugubre il est vrai !

j'entame un petit tour de reconnaissance, mais je suis vite déçu.
Pas de parchemin dans un creux de la stèle, pas d’indication !
je dois simplement attendre.

Adossé à la stèle, je perçois, autour de moi une sorte de litanie, plutôt des chuchotements chantés.
« Jakobusss…. Jakobuusss…. »
Il est minuit e, rationnellement, les membres de l’Ordre cherchent à m’effrayer.
Je chasse immédiatement les démons et autres stupides inquiétudes de mon esprit.

Je murmure : «je suis ici ! »

Je suis un peu hébété ou comment dire, je me sens bizarre à murmurer ainsi dans la nuit vu la curieuse situation, mais fortement soulagé lorsque Boris en personne sort d’un fourré.
Alors,avec un grand sourire, s'avance vers moi, une des énigmes du collège. Si mes amis savaient...!

« C’est bien Jakob, l’exactitude est une politesse de roi»
Dit-il doucement.
Boris porte un ciré dégoulinant de perles de brume. Un ciré de pêcheur de couleur kaki.
Il doit avoir dans les 18 ans mais j’ai à peu prés sa taille bien que je sois un peu plus jeune.

Très ennuyé je demande à Boris de ne plus m’appeler Jakobus, car ce surnom me gêne.
Il doit m’appeler Jakob. Je tiens à ce que mon nom soit respecté.
Boris me prend le bras et l'étau de sa main se resserre au fur et à mesure de ses paroles.
- Pardon Kindermann, plus aucune faute sur ton nom ne sera commise, pour nous tu seras désormais Jakob.

Il garde toujours ce beau sourire, et, dans ce noir de bruine, ses dents et ses yeux presque luminescents éclairent mon visage par un inexplicable phénomène.
Puis, soudain, Boris relâche mon bras et me dit que tout va bien et termine par cette question :

« As-tu peur des fantômes Jakob ? »

Je lui réponds par bravade, que non, que ça n’existe pas et n'accorde pas plus d'attention que cela à son étrange question.

« Ton initiation va commencer dans un lieu spécial, tu verras, mettons-nous en route et profitons de la marche pour nous découvrir ».

Nous quittons la route pour cheminer à travers champs.

« Tu veux être géologue Jakob c’est cela ? »
La question de Boris fait un nœud dans ma gorge. Personne ne sait que je souhaite être géologue !
Tout en marchant dans l’herbe grasse, je lui demande, la voix un peu hachée : pourquoi géologue ?

Boris me répond qu’il sait que je suis des cours pour prendre la branche d’ingénieur entrepreneur et qu’il m’imagine devenir géologue.
Il me dit que les géologues sont les savants de la terre, qu’ils apprennent sa mémoire et que la maîtrise des forages rend cette fonction précieuse et recherchée.
Qu’un géologue par son savoir peut protéger un lieu, un écosystème ou un secret.

Puis il s'arrête et la marche dans la nature vit sa première pause.
Nous sommes face à face dans l’herbe d’un grand champ.
Il n’y a plus aucune notion de distance, ni étoiles dans les cieux.
Le brouillard autour de nous forme à présent une barrière opaque.

Boris me demande si j’arrive à me situer.
Il dit que ce champ peut être sans limite et que l’on peut tourner en rond pour l’éternité comme dans une bulle.
J’ai peur tout d’un coup, je pense qu’en fait il est fou.
Nous sommes toujours face à face.
Je n’ose montrer ma peur ni mon inquiétude sur cette discussion étrange, cela doit certainement faire partie de l’initiation.

Boris me fixe et me dit, avec sa voix chaleureuse que cette histoire de bulle n’est pas importante, qu’un jour tout homme trouve le passage.
Il se baisse doucement et plonge sa main dans la terre, profondément.
Je suis vraiment impressionné qu’il puisse, tel un soc de charrue, s’infiltrer sans peine dans cette glaise, moi qui ai toujours eu peur pour mes mains ! Je suis même admiratif : il ne craint pas de s’écorcher ou de se faire piquer par une larve dérangée ! Oui le voir ainsi creuser dans l’obscurité me marque indubitablement !

Il sort enfin sa main enfouie dans la terre et remonte son poing fermé.
« Ouvre ta main Jakob »

J’offre ma main au vent de la nuit, paume vers le haut, une démonstration de confiance.
« Sais tu ce que tu tiens à présent dans ta main Jakob ? »

Je regarde l’amas que Boris vien de me donner.
Il y a une poignée de terre recouvrant un corps plus dur au milieu.
Je nettoie l’objet avec mon mouchoir.
Dans la lumière fantomatique, je cherche sur la roche nettoyée, les signes pouvant rapidement résoudre la question que m’a posée Boris.
Je dis que c’est un agrégat de fer, peut être un mors de cheval recouvert de rouille puisque nous sommes au milieu d’un champ.

Boris confirme que c’est bien un noyau de fer, issu du savoir-faire de cette région.
Une technique des Maîtres Forgerons du passé, permettant de construire de grandes choses, de grandes machines, et qu'il savait que je trouverai la réponse !

Je lui demande si en plus d’être sportif, les cours d'histoire sont sa marotte, enfin ce genre de choses.
Il me répond qu’il faut reprendre la marche, qu’une fois arrivés tout sera clair loin de ce brouillard de plus en plus opaque.

La marche à travers champs est assez courte bien que difficile.
La terre lourde colle aux semelles. Boris n’a pas l’air essoufflé.
Pas vraiment étonnant pour un prodige du cricket, pensais-je !

Un mur de briques d’un jaune délavé barre le passage. Un grand mur d’enceinte, assez haut se profile devant nous.
Boris oblique vers la droite du mur, peut-être vers le nord bien que localiser notre position soit difficile dans cette purée de pois.
Nous arrivons devant une brèche et nous escaladons ce passage.

Une fois à l’intérieur de l’enceinte, apparaissent beaucoup de pelouses négligées et des petits pavillons délabrés qui constituent un décor assez fantastique, comme un village à l’abandon.
La vieille section fermée du collège et ses dortoirs. Cette pensée me semble plausible, le détour n'a servi qu’à brouiller le jeu.
Nous traversons en silence plusieurs espaces, marchant parfois sur un petit chemin recouvert de feuilles et dont le pavage chaotique se craquèle sous la poussée de jeunes plants.

Soudain, Boris cesse de marcher et regarde devant lui.
Je viens à sa hauteur et aperçois un mât de bateau émerger de la brume.
Un mât curieux car une girouette déglinguée grince mollement tout en haut.

« Il ne lui manque plus qu’un capitaine pour quitter le port » dit Boris.

Cela m'amuse car je pense aussi voir un morceau de navire dans ce brouillard.
Il n’en est rien. C’est un très grand mât posé sur une pelouse en friche avec une plaque cassée en deux à sa base. Tout en haut une sorte de hauban penché, laisse filer au sol de vieux cordages.
L’illusion d’un navire s’estompe rapidement.

« C’est le jardin du couronnement » glisse Boris.
« Il reste peut-être une rose dans ce massif ancien, tu peux l’offrir à ton amour secret si tu veux ! »

Aller voir de plus prés la base de ce mât dangereux prêt à casser pour mettre les mains dans une vieille roseraie ne m’enchante vraiment pas. Dans ce noir, ces feuilles trempées,ces branches épineuses, cette girouette dissonante, tout m' inquiète.

« Tu vois là-bas, c’est une morgue. Ton initiation doit se passer là »
Boris désigne un bâtiment à l'allure victorienne, aux fenêtres fermées par des barreaux .
Je n’ai plus vraiment l’acuité à éluder ou comprendre les paraboles, et je prends sur moi de m’adresser directement à Boris comme à un supérieur :
- Mon initiation pour être accepté au sein de La Roue & la Voie, Maître ? Nous parlons bien de ça ?

Je suis sûr qu’il y a eu un flottement.
Je ne suis pas certain que dans ce genre de cas il faille vraiment dire les choses ainsi.
D’ailleurs aucun manuel n’existe, vous passez l’épreuve ou vous vous en écartez.
Tout aussi facilement que de dire des stupidités ou de trop parler.

La lueur dans les yeux de Boris revient peu à peu , comme une phosphorescence d’aiguille de montre.
Je suis en train de penser dit que j’ai tout fichu en l’air.
Mais Boris d’une voix douce et pénétrante, déchire le malaise qui s’accentue.

« La morgue est réservée aux novices qui peuvent dans l’avenir trahir la confiance que nous allons t’accorder, Jakob »
« Puisque tu préfères un langage plus clair, tu aurais dû être attaché nu, avec des sangles, sur un plateau d’inox. De l’eau froide aurait été versée sur ta peau. Ensuite, ton plateau aurait glissé sur son rail pour entrer avec toi lié dessus, dans ce rectangle de fer qui sert à garder les morts, sans qu’ils ne pourrissent trop vite. Tu aurais vu la porte se sceller. Le noir et le froid sont des armes redoutables, Jakob. »

J’étais plus qu’interloqué, j’étais pétrifié.

-" Vous vouliez m’enfermer là-dedans Maître ? Pourquoi ? Mais je n’ai rien fait, je me suis toujours comporté avec bienveillance et je suis loyal."

« Ce traitement n’est réservé qu’aux traîtres Jakob, ce n’est pas ton cas. J’ai confiance en toi. Un jour tu m’aideras à ton tour. »

"Vous aider à mon tour ? Je ne comprends rien et vous parlez de traîtres qui le deviendront plus tard ? Qu’est ce que cela veut dire ?"

Boris me regarde un moment puis se remet en route. Je ne sais quoi en penser : sûrement que le test est en plein déroulement.
Que faire à part le suivre ou m’enfuir !
Après un cheminement lui aussi assez court, un grand bâtiment se dévoile comme s’il sortait à chaque foulée du néant vaporeux.

Et je comprends où nous sommes !
Ma voix inquiète forme les mots de Storthes Hall.

Boris me dit qu’il n’y a rien à craindre.

Je réplique que nous pouvons aller en prison si l’on nous trouve là, que c’est illégal et qu’il y a tout un tas d’histoires terribles au sujet de cet endroit.
Storthes est un lieu dangereux. Pourquoi venir ici ?

« Tu as dit que tu n’avais pas peur des fantômes, avance avec moi Jakob »

Mes jambes flageolantes me portent vers une arche d’église pourvue d'un grand escalier à l’intérieur.
Plutôt un fronton avec une sorte de terrasse au-dessus.
L’entrée de Storthes Hall.

Boris s’arrête et regarde vers le haut en murmurant :
« Regarde Jakob, au sommet de cette tour se trouve une horloge, le décor en place te masque le support.
Le point du cercle tient le mécanisme des aiguilles, il en est l’axe.
Ce point se place dans le carré qui contient la cage et ce carré se fixe au triangle.
Un jour tu connaîtras le point.

C'est sur ces paroles que mon talon se pose sur la première marche du Storthes Hall, puis sur la seconde puis sur la cinquième et dernière.
Nous nous tenons face au battant ouvert : l’ancien asile vomit sur nos visages un courant d’air glacial et hostile.
C’est presque violent.

« Tu sais Jakob, cet endroit va t’apporter les clefs que tu réclames depuis longtemps. Entre le premier. Pour t’aider voici une alliée. »

Boris me donne une sorte de lampe torche.
Je dis le terme « sorte » car étrange torche en vérité.
Il n’y a pas d’interrupteur et je n'ai jamais vu ce genre de modèle en grande surface.
Elle a du être fixée à un support inconnu avant de finir dans ma main.
La torche projette un rayon bleuté très pur, comme du cristal. Elle est très légère et cette puissance s’accorderait mal avec le poids des piles qui semblent absentes dans le corps de cet objet.

Boris attend, patient et me voit m’agiter avec la torche.
« C’est un éclairage indigo Jakob, nous l’appelons aussi classe 1. C’est l’éclairage des bâtisseurs car il peut te protéger du Mal. Tant que tu portes cette lumière, rien ne peut t’arriver !"


-"Maître ! Attendez !"
Ma voix trop tremblante trahit bien à présent l’angoisse qui m'étreint. Je déglutis et respire profondément.
Cette initiation ne doit pas être dégradée par un comportement de froussard.
La torche est une expérience de physique amusante, rien d’autre et des étudiants de l’Ordre sont sans doute cachés dans l’asile afin de m’attendre.
Ne pas céder à la peur ni à la violence.

"Non rien ! dis-je d’une voix à peine posée, allons voir ce que tu veux me montrer."
Ca y’est ! Je bafouille et je viens encore de mélanger les vous et les tu. Un coup Boris, un coup Maître.
Je ne maîtrise plus vraiment la situation.

Il va le remarquer me dis-je, c’est certain, encore un faux pas de fait.
J’avance! Le halo clair et rassurant me permet de voir.
Le seuil est franchi et l’ancien hall d’accueil de l’asile me salue à sa façon.

Une claque magistrale brise mon dos. La frayeur qui me possède est si brutale que je crois sentir mes os de briser.
La porte d’entrée se referme avec une cinglante et terrible force.
Le bruit me cloue de terreur.
L’écho du claquement roule comme le plus énorme des orages se répercutant sur les planchers éventrés et s’engouffre dans les couloirs souillés.
Je vois les murs suinter de colère et de douleur, des spectres blafards semblent bloqués dans les cloisons pourries.
La panique me ravage.

Ce n’est pas réel, ce n’est pas réel, tu as eu peur. Boris t’a monté la tête depuis le début !
Tu as été conditionné, reprends-toi.
C’est qu’un test.
Un test stupide.

Un test à réussir.

Comment définir la réalité dans ce genre de situation ?
Chaque ombre portée engendrée par la lumière de la torche devient spectrale.
Les ombres bougent, se tordent, rampent.
Comment conserver son calme alors que l’esprit est contaminé par tant d’histoires affreuses sur Storthes Hall.
Et si c’était vrai ?
Si dans ce test, il y avait une part de vérité à affronter ?

J’ais les cuisses humides. La peur panique me tenaille. La lourde porte qui me scelle dans cet antre m’a finalement plus ébranlé que ce que je me force à croire.
C’est à ce moment que l’odeur de l’asile se propage avec une démesure propre à cet endroit maudit.
A son tour l’odeur putride de Storthes Hall me cingle.
Une odeur de vieux papiers, de vieilles transpirations et d’urine médicamenteuse.
Une pestilence de bois pourri et de ciment délité mêlée à un relent de cuir mouillé.
Et autre chose surnage au dessus : une odeur de mort, une empreinte ténue de carne putréfiée.

Ma main est bleuie à force de serrer âprement la torche.
J’ai la sensation que mes doigts sont disloqués. Ils sont très douloureux.
La lueur émise est aussi tragique que l’acte de faire un seul bruit. Elle peut attirer tout ce que je me refuse à voir débarquer.
Mon cœur cogne si fort que le rayon de lumière vibre au même rythme que sa pulsation.

-Reprends-toi, reprends-toi.-

Le pouvoir de pétrification de la peur.
Du plâtre mêlé de poussière tombe encore du plafond. La porte a été obturée d’une telle démence que l’air vicié contenu dans le hall est presque comprimé.
Il y a un bourdonnement très sourd, un son très bas, oppressant et continu.

-Le son que fait ton propre sang, reprends-toi.-

Quel couloir horrible ! Un dégueulis de moisissures noires, de choses fanées et putréfiées.
Mon regard reste braqué droit devant. Nul regard à gauche et à droite vers les accès ténébreux.
D’ailleurs qu’est- e ? Une sorte de réception ? Une salle d’attente ?

-Le test, le test, reprends-toi !-

Il doit y avoir une caméra, je dois être observé c’est évident, je suis stupide !
J’observe les murs, les coins, mais aucune led qui clignote, aucun boîtier du genre même petit.
Cela ne change rien, c’est un test de toute façon et l’évaluation est en cours.

Enfin mon corps commence à se détendre.
Mon dos courbé et contracté depuis l’accident de la porte craque et je me remets en position droite dans une grande douleur.
Un test sûrement mais autant assurer un repli. Dans quoi ai-je mis exactement les pieds ?

A ce moment je ne me souviens plus.
Seulement de mon dos qui craque de nouveau et de la torche qui brusquement s’éteint.

Agressé par une peur effroyable, une peur qui peut tuer, une angoisse qui remonte à l’aube de l’humanité.
J’ai la tête gelée, constellée de sueur dont les gouttes me brûlent les yeux.
Regard exorbité, en proie à la panique la plus annihilante.
Affres de la perdition.
Mes jambes, mes pieds pèsent plusieurs tonnes, la volonté de courir se fracasse sur une lenteur tétanisée.
J’ai couru dans la gueule de Storthes Hall, en détresse.
Flottant dans un cauchemar réel. Entre ralentis et brutales accélérations, hurlant des sons qui ne s’entendaient pas.
Echappant à des horreurs sorties de la tombe, fuyant l’innommable.
Mes bras heurtent des cloisons, mon torse frappe des meubles, des tentacules sortis du pire des gouffres me lacèrent, ma tête se perd, explose.
Le naufrage de mon âme.









Il fait froid, très froid.
Je suis allongé sur une dalle de béton.
Il y a une lumière, très pure.
J’entends mon nom.

« Jakob »

Je connais aussi cette voix, cette voix douce.

J’ouvre les yeux, je suis allongé sur le sol.
Ma tête est très douloureuse.
La torche est à mes cotés, c’est elle qui produit cette clarté.
J’ai la nausée et j’ai du mal a me redresser sur mes avants bras.

Je ne suis pas allongé sur le sol mais sur un lit de briques.
Les murs sont rouge sang et derrière les barreaux qui font office de mur je devine Boris.
Cela ressemble à une cellule.

Une cellule pour les malades mentaux de Storthes Hall, tout ceci me revient à chaque seconde qui s’écoule.

Pourquoi tout ça ?
Ma voix est presque un râle.

La voix lointaine de Boris répondit :
« Tu t’es éloigné de la lumière Jakob , tu devais garder la torche »

J’ai mal au ventre et j’ai aussi du mal a respirer. Je murmure mes questions, je demande ce qu’était ce genre de test, qu’est ce que tout ceci ? Que m’ont ils fait ?
« Je ne t’ai rien fait Jakob, tu as simplement réussi l’épreuve. Tu vas rester ici un moment. Cette pièce t‘apporte la sécurité. Tu auras sûrement froid cette nuit mais tu n’as plus à avoir peur, je veille sur toi et en retour tu m’aideras car tu es désormais Jakob, Frère de l’Ordre de La Roue & la Voie.

Je pense à ma mère si je ne revenais pas, à mes amis et à mon amour secret.
Comment Boris a t’il su pour elle ?
Et mes projets, mon rêve des îles Salomon, l’étude du sol de ses terrains…

Quelle heure peut il bien être ?

Je porte toujours mon manteau sur moi. En cherchant dans ma poche je trouve une barre de céréales.
Je la mange avec avidité et son réconfort m’aide à retrouver la lucidité.
Et ce froid ici, malgré mon manteau, d’où vient il ?

Je suis dans la cellule 45. Ce chiffre est peint en caractères gras sur un des murs.
Il y a beaucoup d’araignées dans les coins, elles sont mortes depuis longtemps.
Certaines sont au bas du lit de briques, recroquevillées.
La torpeur me reprend, il y a quelque chose ici de lourd qui ferme les paupières.
J’essaye de me lever mais je suis étourdi.
Il y a des graffitis sur le mur contre lequel est construit le lit de briques.
Je lis ce qui ressemble à un poème, je comprends les traits gravés dans la brique.
Un beau poème écrit par l'occupant qui se tenait là où je suis désormais.

Ainsi les chats
Se mirent à tousser
Et leurs épouses boudeuses
Et les enfants s’enfuyant
Un par un
Et vous ressentez
Que c’est vous !
C’est ce qui devait être fait ..

..

.si..

si je ..

si je ne hhh

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